MUSEE TRANSITOIRE

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archi-tecture, archi-texture, archi-texte. Il textualise puis il archive. L’archi crée, dessine, texte, imagine par où appuyer pour faire bouger la matière. Il fait couler le goudron dans la plume et fait glisser la terre. Il remue tout cela puis le fige en une structure. Un livre, un bâtiment, c'est un jeu de la matière qui s’arrête pour laisser d’autres jeux prendre place : celui des yeux, des corps, du temps... Ils habitent tous en rythme les reliefs de l'espace-trait. archi-lecture, archi-texte, archi-vation. Présent auquel on attribue l’étiquette de passé. Archiver permet d'aller de l’avant, sans perdre du passé. Archiver est une action de transition tranquille. Tranquille car l'on sait ce que l'on laisse derrière soi et dans quel état on le laisse. Nous nous archivons tous lorsque nous transitons d'un espace ou d'un état à un autre. Chaque état laisse des traces dans le corps et la conscience. Selon ce que nous voulons emporter de cet état, nous l'archivons de manière différenciée. L’archivage se fait par le geste. C’est le geste qui va décider du tiroir dans lequel on place un souvenir. Il y a les gestes rapides, précipités. Il y a les gestes lents, précautionneux. Les rapides précautionneux tendent à ouvrir le tiroir O qui roule. Les tiroirs d’archives n’ont pas tous la même forme. On place certaines choses dans les tiroirs sans fonds pour qu’ils s’immiscent jusque dans nos gestes, nos idées et nos songes. D’autres sont plus étroits. Opaques, ils restent fermés tant qu’on ne les convoque pas. D’autres sont à double-fond. On les trouve tous silencieusement pratiques. Les tiroirs communicants sont bavards entre eux tandis que ceux qui ne se valent que pour eux-mêmes sont soit ennuyeux, soit précieux. Le moment où l’archivation va se réaliser, c’est la transition. Cet espace-temps où l'on ne connaît plus la forme, mais on sait ce que l'on veut prendre ou laisser pour aller de l'avant. Les matières s'agitent. Les différents éléments se frôlent, se guettent, s'essayent parfois, jusqu'à cet instant où un corps se dresse et s'enclenche : les éléments ont trouvé leur place, un nouvel agencement est né. L'espace de transition est beau pour son incertitude. Il côtoie pendant quelques instants, quelques secondes parfois, différents possibles. Il est notre liberté plongée dans ses tiroirs les plus vastes : il tente de s’attacher à ce qu’il y a de plus terrestre dans l'imaginable. Quand est-ce que se finit la transition ? En même temps que prend fin l'archivation. Être en paix avec la façon dont nous sauvegardons l'état précédent. Savoir dans quels tiroirs de la mémoire nous le plaçons. Architecte, archivation. Les mots dérivent, glissent. Architexte. Le texte se forme à la lettre et à la mesure. Noire sur blanche. Blanche sur noire. Déroule, les yeux déroulent. Architecture Archilecture, Architexte. Transition, Excavation. Excavation : creuser pour ramener les choses trouvées hors-de-notre-portée; elles sont tombées trop loin. Excaver est tonitruant, barbare. Toujours un ciel lugubre. On a envie de mettre les mains pour boucher les oreilles. Ils ont remué les secrets de notre tête. Déroule, les yeux déroulent puis glissent. Archi-tecture, archi-texture, archi-texte. Il textualise puis il archive. L’archi crée, dessine, texte, imagine par où appuyer pour faire bouger la matière. Il fait couler le goudron dans la plume et fait glisser la terre. Il remue tout cela puis le fige en une structure. Un livre, un bâtiment, c'est un jeu de la matière qui s’arrête pour laisser d’autres jeux prendre place : celui des yeux, des corps, du temps... Ils habitent tous en rythme les reliefs de l'espace né.

Par Marie Lucas